
La communauté scientifique semble divisée quant aux risquesProbabilité qu'une personne subisse des effets nocifs pour sa santé en cas d'exposition à un contaminant (danger) pour la santé humaine de l’exposition au glyphosate. Bien que les effets cancérigènes de cet herbicideSubstance active ou préparation phytosanitaire permettant de tuer les plantes considérées comme indésirables. soient de plus en plus documentés, peu d’études rapportent pour le moment des répercussions sur la santé du cerveau. Toutefois, l’absence de preuves n’est pas une preuve de l’absence de risques; il convient donc d’être prudent dans notre consommation de produits ayant été traités avec du glyphosate.
Depuis les trois dernières décennies, le glyphosate est l’herbicide le plus utilisé à l’échelle mondiale. Introduit sous le nom de Roundup en 1974 par la bannière Monsanto, il doit sa popularité à sa grande efficacité, son coût peu élevé et sa capacité de dégradation rapide dans les sols. Longtemps considéré peu toxique pour la santé humaine et pour l’environnement, l’innocuité du glyphosate est aujourd’hui remise en question. En effet, compte tenu de la hausse de l’application du glyphosate au travers du globe, plusieurs scientifiques et agriculteurs se mobilisent pour alerter les autorités gouvernementales de ses effets potentiellement néfastes sur la santé humaine. L’utilisation du glyphosate est d’ailleurs bannie par certains pays comme la France, l’Autriche et le Vietnam.
Un pesticide omniprésent
Au Canada, le glyphosate est l’herbicide le plus couramment utilisé dans le secteur agricole en permettant aux agriculteurs et agricultrices de se débarrasser des plantes indésirables et d’accélérer le séchage des cultures.
Son usage est aussi répandu dans les secteurs industriels et résidentiels, tel que pour faire l’entretien des pelouses. Ces pratiques permettent au glyphosate de se retrouver dans l’eau, le sol, l’air et même dans notre assiette. On retrouve effectivement des traces de ce désherbant dans plusieurs aliments, particulièrement dans les céréales et les légumineuses [1].

C’est pourquoi des résidus de glyphosate sont détectés dans l’urine de la majorité des Canadiens et canadiennes selon le groupe Vigilance OGM. La présence de glyphosate dans l’urine n’est cependant pas nécessairement le signe d’une exposition dangereuse. Dans la presque totalité des cas, la quantité de glyphosate détectée dans l’urine est bien inférieure à la dose de référence chronique, fixée par l’Organisation mondiale de la santé, de 1 milligramme par kilogramme de poids corporel. En dessous de ce seuil, l’exposition au glyphosate est considérée comme étant sans risque pour la santé humaine. Toutefois, des incertitudes demeurent dans la communauté scientifique quant à la dangerosité réelle de ce produit.
Effets sur la santé humaine
Le pouvoir désherbant du glyphosate vient de sa capacité à s’attaquer à une enzyme spécifique aux végétaux. Sans l’action de celle-ci, les végétaux cessent d’effectuer la photosynthèse et meurent au bout de quelques jours. Comme cette enzyme est présente uniquement chez les plantes, le glyphosate a d’abord été considéré comme un produit sécuritaire pour l’humain. En raison de l’engouement croissant suscité par ce pesticide, la communauté scientifique s’est penchée sur les effets à plus long terme que pouvait créer l’usage intensif du glyphosate sur la santé.
Des études menées chez les humains et les animaux ont montré un lien entre l’exposition aux herbicidesSubstance active ou préparation phytosanitaire permettant de tuer les plantes considérées comme indésirables. à base de glyphosate et la perturbation du système endocrinienComposé d'organes et de glandes comme la glande thiroïde et les gonades (ovaires et testicules). Ce système s'occupe de la sécrétion d'hormones à travers le corps (oestrogènes, cortisol, etc.)., l’augmentation des risques de malformations congénitales, la baisse de la fertilité ainsi que des lésions au foie et aux reins [2, 3, 4].
Le nombre d’études scientifiques rigoureuses appuyant ces résultats demeure toutefois limité, en raison notamment de l’impossibilité d’exposer des humains, lors d’une recherche, à des produits chimiques présentant possiblement des risques pour leur santé. Des preuves non négligeables s’accumulent cependant quant à la cancérogénicité du glyphosate.

Plusieurs groupes de chercheur.e.s ont réussi à associer la prévalence de certains types de cancers, notamment le lymphome non hodgkinien, et l’exposition au glyphosate [5]. Cette association a été trouvée auprès des populations exposées quotidiennement à l’herbicide dans le cadre de leur travail ou des populations résidant dans une zone régulièrement traitée avec du glyphosate.
Sur la base de ces études, le glyphosate a d’ailleurs été déclaré « cancérigène probable » en 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence spécialisée de l’Organisation mondiale de la santé [6]. Une substance est classée comme étant cancérigène probable par le CIRC lorsqu’il existe des indications limitées de sa cancérogénicité chez l’humain et des indications suffisantes de sa cancérogénicité chez l’animal.
Et le cerveau dans tout ça?
La documentation scientifique s’intéressant à la neurotoxicité des produits contenant du glyphosate est très restreinte. Les données de la recherche sur le sujet sont majoritairement issues d’études réalisées auprès d’animaux de laboratoire comme des souris ou des chiens. Ces études révèlent généralement que l’exposition au glyphosate peut occasionner des conséquences sur le cerveau de ces animaux et sur leur fonctionnement [7].

Bien qu’elles soient essentielles à notre compréhension de certains mécanismes d’action des pesticides, ces études peuvent rarement être généralisées complètement à l’être humain. D’une part, puisque les doses de glyphosate administrées aux animaux de laboratoire sont souvent beaucoup plus élevées que le niveau d’exposition de la population générale et, d’autre part, compte tenu des différences métaboliques et cérébrales existant entre l’humain et l’animal.
Parmi les études disponibles chez l’humain, certaines indiquent l’existence d’une association entre l’exposition au glyphosate au cours du développement, entre autres durant la grossesse, et la prévalence de certains troubles neurodéveloppementaux. Par exemple, une étude menée auprès d’un grand bassin de la population californienne a décelé une légère augmentation de la probabilité d’un diagnostic de trouble du spectre de l’autismeLe TSA est un trouble neurodéveloppemental entrainant des difficultés d'intensité variable sur les habiletés de communication et d'interactions sociales d'une personne. Le TSA est aussi associé à la présence de comportements répétitifs et/ou d'intérêts spécifiques. lorsque les mères des participants résidaient à proximité d’une zone d’épandage de différents pesticides lors de leur grossesse [8].
Une étude semblable a également identifié une plus grande fréquence de symptômes anxieux et dépressifs chez des adolescents vivant dans des régions où une plus grande quantité de glyphosate était utilisée [9]. Cependant, aucune étude n’a permis de mettre en évidence l’existence d’un lien significatif entre l’exposition au glyphosate durant la période prénatale et les premières années de vie et les différentes mesures du quotient intellectuel des adolescents. Comme le nombre de diagnostics de troubles neurodéveloppementaux a connu une forte augmentation au cours des dernières décennies, il a été proposé que cette hausse pouvait être expliquée en partie par des facteurs environnementaux, tels que l’exposition aux pesticides (dont le glyphosate).

Lors de la grossesse ou des premières années de vie, plusieurs processus de maturation du système nerveux central du jeune enfant en devenir s’amorcent et peuvent être perturbés par l’exposition aux pesticides. Les données disponibles chez l’humain proviennent d’études observationnellesModèle de recherche dans lequel les enquêteurs n’interviennent pas ou ne contrôlent pas les variables, mais qu’ils observent plutôt le cours des événements. Les changements ou les différences au chapitre d’une caractéristique (p. ex., le fait que les gens fassent l’objet ou non de l’intervention d’intérêt) sont étudiés par rapport à ceux qui s’observent dans d’autres caractéristiques (p. ex., le décès), sans que l’enquêteur n’agisse. Le risque de biais est plus grand dans les études par observation que dans les études expérimentales., c’est-à-dire qu’elles permettent d’établir l’existence d’une relation entre la plus grande prévalence de certains troubles et l’exposition au glyphosate, sans toutefois pouvoir établir des liens de causalité.
Ainsi, ces recherches ne permettent pas d’exclure la possibilité que d’autres variables puissent être à la source de cette relation, comme la présence d’autres substances toxiques dans l’environnement des enfants. En effet, l’augmentation du risque engendrée spécifiquement par l’exposition au glyphosate est difficilement quantifiable considérant que plusieurs types de pesticides sont utilisés dans une même zone agricole. Également, plusieurs autres facteurs non considérés, comme par exemple des facteurs génétiques, l’histoire de vie des participants ou encore le déménagement des mères durant leur grossesse, limitent grandement la fiabilité des conclusions de ce type d’études.
Chez l’adulte, l’exposition à certains herbicides ou insecticides, comme le paraquat et la roténone, a été associée avec un risque accru de développer une maladie neurodégénérative, particulièrement la maladie de ParkinsonDésordre neurodégénératif progressif et chronique qui survient en moyenne entre l’âge de 55 et 65 ans. chez les travailleurs agricoles ou les personnes résidant à proximité d’une zone d’épandage (lire l’article Parkinson : les pesticides qui font trembler les agriculteurs pour plus de détails). Dans le cas du glyphosate, des études rapportent un lien entre l’augmentation de la prévalence des maladies neurodégénératives et une plus grande exposition au glyphosate [10], mais d’autres chercheur.e.s ne parviennent pas aux mêmes conclusions [11, 12].
Établir clairement la présence d’une association positive entre l’exposition au glyphosate et le développement de ces maladies représente tout un défi, car il est difficile d’évaluer précisément la durée et l’intensité de l’exposition au glyphosate chez un individu. De plus, il est complexe pour les équipes de recherche de cerner les effets attribuables à un seul pesticide alors que les sujets de ces études ont souvent été exposés à plusieurs types de pesticides et contaminants au cours de leur vie.
Il n’en demeure pas moins que le Québec a finalement emboité le pas à la France et à la Suède en inscrivant la maladie de Parkinson à la liste des maladies professionnelles. Ainsi, le gouvernement québécois reconnaît officiellement le lien entre cette maladie et l’exposition aux pesticides chez les agriculteurs et agricultrices.
- Kolakowski, B. M., Miller, L., Murray, A., Leclair, A., Bietlot, H., & van de Riet, J. M. (2020). Analysis of glyphosate residues in foods from the Canadian retail markets between 2015 and 2017. Journal of agricultural and food chemistry, 68(18), 5201-521
- Meftaul, I. M., Venkateswarlu, K., Dharmarajan, R., Annamalai, P., Asaduzzaman, M., Parven, A., & Megharaj, M. (2020). Controversies over human health and ecological impacts of glyphosate: is it to be banned in modern agriculture?. Environmental Pollution, 263, 114372. DOI: 10.1016/j.envpol.2020.114372.
- Myers, J. P., Antoniou, M. N., Blumberg, B., Carroll, L., Colborn, T., Everett, L. G., Hansen, M., Landrigan, P. J., Lanphear, B. P., Mesnage, R., Vandenberg, L. N., Vom Saal, F. S., Welshons, W. V. & Benbrook, C. M. (2016). Concerns over use of glyphosate-based herbicides and risks associated with exposures: a consensus statement. Environmental Health, 15(1), 1-13. https://doi.org/10.1186/s12940-016-0117-0.
- Van Bruggen, A., He, M., Shin, K., Mai, V., Jeong, K., Finckh, M., & Morris Jr, J. (2018). Environmental and health effects of the herbicide glyphosate. Science of the Total Environment, 616, 255-268. DOI: 10.1016/j.scitotenv.2017.10.309.
- Zhang, L., Rana, I., Shaffer, R. M., Taioli, E., & Sheppard, L. (2019). Exposure to glyphosate-based herbicides and risk for non-Hodgkin lymphoma: a meta-analysis and supporting evidence. Mutation Research/Reviews in Mutation Research, 781, 186-206. DOI: 10.1016/j.mrrev.2019.02.001.
- Guyton, K., Loomis, D., Grosse, Y., El Ghissassi, F., Benbrahim-Tallaa, L., Guha, N., Scoccianti, C., Mattock, H., & Straif, K. (2015). International Agency for Research on Cancer Monograph Working Group ILF. Carcinogenicity of tetrachlorvinphos, parathion, malathion, diazinon, and glyphosate. Lancet Oncol, 16(5), 490-491. DOI: 10.1016/S1470-2045(15)70134-8.
- Ait-Bali, Y., Ba-M’hamed, S., Gambarotta, G., Sassoè-Pognetto, M., Giustetto, M., & Bennis, M. (2020). Pre- and postnatal exposure to glyphosate-based herbicide causes behavioral and cognitive impairments in adult mice: evidence of cortical ad hippocampal dysfunction. Archives of toxicology, 94(5), 1703–1723. https://doi.org/10.1007/s00204-020-02677-7
- Von Ehrenstein, O. S., Ling, C., Cui, X., Cockburn, M., Park, A. S., Yu, F., Wu, J. & Ritz, B. (2019). Prenatal and infant exposure to ambient pesticides and autism spectrum disorder in children: population based case-control study. Bmj, 364. DOI: 10.1136/bmj.l962.
- Gunier, R. B., Hyland, C., Deardorff, J., Kogut, K., Bradshaw, P. T., Mora, A. M., Sagiv, S., Bradman, A. & Eskenazi, B. (2021, August). Residential proximity to agricultural glyphosate use and neurobehavior in the CHAMACOS study. In ISEE Conference Abstracts (Vol. 2021).
- Caballero, M., Amiri, S., Denney, J. T., Monsivais, P., Hystad, P., & Amram, O. (2018). Estimated residential exposure to agricultural chemicals and premature mortality by Parkinson’s disease in Washington State. International journal of environmental research and public health, 15(12), 2885. DOI: 10.3390/ijerph15122885.
- Kamel, F., Tanner, C., Umbach, D., Hoppin, J., Alavanja, M., Blair, A., Goldman, S., Korell, M., Langston, J., Ross, G. & D. Sandler (2007). Pesticide exposure and self-reported Parkinson’s disease in the agricultural health study. American journal of epidemiology, 165(4), 364-374. DOI: 10.1093/aje/kwk024.
- Mink, P. J., Mandel, J. S., Lundin, J. I., & Sceurman, B. K. (2011). Epidemiologic studies of glyphosate and non-cancer health outcomes: a review. Regulatory Toxicology and Pharmacology, 61(2), 172-184. DOI: 10.1016/j.yrtph.2011.07.006.












