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Parkinson : Les pesticides qui font trembler les agriculteurs et agricultrices

La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) a récemment ajouté la maladie de Parkinson sur la liste des maladies professionnelles. La CNESST s’est basée sur des données épidémiologiques montrant une plus grande proportion de malades de Parkinson chez les agriculteurs exposés aux pesticides que dans la population générale. Mais comment l’exposition prolongée à certains pesticides peut-elle favoriser l’apparition de la maladie ?

Par Vincent Hervé,
01/2022

Entre 1905 et 2015, le nombre d’individus atteints de la maladie de Parkinson a augmenté de 118 % pour atteindre 6,2 millions de personnes dans le monde [1]. La maladie de Parkinson est, après la maladie d’Alzheimer, la maladie neurodégénérative la plus fréquente. Aujourd’hui ce sont 25 000 personnes qui vivent avec la maladie de Parkinson au Québec. Elle est caractérisée par l’association de plusieurs symptômes moteurs, comme une lenteur à exécuter des mouvements, de la rigidité, des tremblements et une instabilité posturale, mais également non moteurs, comme des problèmes cognitifs. Récemment, la maladie de Parkinson a été ajoutée à la liste des maladies professionnelles au Québec si celle-ci peut être associée à l’utilisation des pesticides. En effet, certains pesticides sont connus pour être neurotoxiques et favoriseraient l’apparition de la maladie.

Causes de la maladie, facteurs de risques pour les agriculteurs

Une exposition prolongée aux pesticides chez les agriculteurs et agricultrices est un des facteurs de risques de la maladie de Parkinson [2]. On estime que cette exposition double les risques de développer la maladie. Ainsi, les travailleurs qui manipulent des pesticides sont une population plus à risque.

En 2009, une étude utilisant un système GPS couplé à une base de données d’épandage de pesticides en Californie a montré que l’exposition au paraquat et au manèbe dans un rayon de 500 mètres augmentait à presque deux fois le risque de développer la maladie de Parkinson [3]. Ceci montre qu’en vivant à proximité de champs utilisant ces pesticides, le risque est aussi présent.

Dans cette même étude, il a été montré qu’une exposition à ces contaminants durant l’enfance peut augmenter jusqu’à six fois le risque de développer la maladie.

Risques différents en fonction du type d’agriculture

Tous les pesticides ne sont pas associés à la maladie de Parkinson. En effet, plusieurs études ont mis en évidence que le risque diffère selon le type d’agriculture [4]. Par exemple, les producteurs céréaliers sont beaucoup plus à risque de développer la maladie, comparé aux producteurs laitiers ou aux éleveurs. Les liens les plus forts sont retrouvés avec les insecticides organochlorés et certains herbicides contenant du paraquat et de la roténone.

Mécanisme d’attaque dans le cerveau

Prenons l’exemple du paraquat, il s’agit de la molécule active d’un herbicide utilisé pour lutter contre l’apparition de mauvaises herbes. Suite à son exposition, ce composé atteint le cerveau, et va être activé à la surface des cellules gliales (microglie). Ceci va engendrer la production d’ions superoxydes, qui vont pénétrer dans les neurones.

Les principaux neurones touchés, sont les neurones dopaminergiques, très sensible au stress oxydatif induit par les ions superoxydes. Ultimement, ce stress oxydatif va conduire à la mort de ces neurones. La dopamine est indispensable pour contrôler les mouvements du corps, plus particulièrement ceux qui sont automatiques. Dans les cas de disparitions de ces neurones, le ou la patiente est obligé de penser à réaliser ces mouvements, et ne peux plus les réaliser automatiquement.

Ceci explique entre autres les problèmes moteurs décelés chez les patient.e.s atteints par le Parkinson.

Le stress oxydatif apparaît quand des espèces réactives oxygénées, comme les ions superoxydes, pénètrent la cellule. Ces espèces sont très réactives et vont oxyder d’autres molécules, tel que l’ADN, les lipides ou les protéines contenues dans la cellule, entraînant des dommages et leur mort. Il faut savoir que le cerveau est un organe particulièrement sensible à ce phénomène, car il absorbe environ 20% de l’oxygène du corps.

Dans un contexte physiologique sain, des mécanismes de défenses par le biais de la production d’anti-oxydants s’opèrent. Cela peut se faire de différentes manières : de façon préventive, en piégeant ces espèces, ou en réparant les dommages. Des études animales ont permis de confirmer l’effet neurotoxique du paraquat puisqu’il entraîne une dégénération des neurones dopaminergiques ainsi que des déficits moteurs, soit une diminution de l’activité locomotrice et du réflexe postural [5].

L’utilisation du paraquat a été banni en 2018 dans 32 pays. Bien que l’Angleterre l’ait banni de son territoire, elle continue de l’exporter dans d’autres pays, comme le Brésil, la Colombie ou l’Afrique du Sud. Malgré un resserrement des règles d’utilisation, le paraquat est encore vendu aux États-Unis et au Canada.

EN RÉSUMÉ

Ce sont les agriculteurs et agricultrices travaillant avec des pesticides particuliers qui ont des risques plus importants de développer la maladie de Parkinson. Ce facteur de risque est négligeable pour la population générale, excepté pour celles et ceux qui vivent à moins de 500 mètres de champs utilisant ces produits.

Il importe aussi de ne pas restreindre son alimentation en fruits et légumes à cause des pesticides. Les fruits et les légumes frais peuvent en effet contenir des traces de pesticides, mais ils ont des effets bénéfiques indéniables sur la santé.

Les quantités de pesticides résiduelles dans les aliments sont très faibles et respectent les normes fixées par Santé Canada, appelées « limites maximales de résidus ». Il n’existe aucune donnée scientifique à ce jour qui montre que la consommation de fruits et légumes traités avec des pesticides favorisent l’apparition de la maladie de Parkinson.

NOS CONSEILS

Consulter la fiche d’information Pesticides – Pratiques sécuritaires et équipements de protection individuelle (EPI) de l’IRSST et la page de Santé Canada qui vous est destinée.

Ne pas laver vos vêtements de travail avec les vêtements des membres de votre famille.

L’achat et la consommation de produits biologiques contribuent à la santé puisque cela permet de limiter leur exposition aux pesticides.

Bien que les quantités de pesticides résiduelles soient faibles, par principe de précaution, vaut mieux rincer les fruits et les légumes à l’eau froide avant de les manger.

* Certains pesticides ne sont pas solubles dans l’eau. Ainsi, le rinçage à l’eau ne sera pas suffisant pour les retirer des aliments.

Consultez l’article du Détecteur de rumeurs qui répond à la question : est-ce que les nettoyants pour fruits et légumes sont plus efficaces que l’eau contre les pesticides?

Pour la culture de potager à la maison, préférez des solutions biologiques pour éliminer les nuisibles ou les maladies sur les plantes potagères, tels que le désherbage manuel ou l’installation de pièges.

Plusieurs conseils pour cultiver un jardin écologique sont disponibles à Espace pour la vie.

Chaque municipalité peut adopter des règlements régissant la vente et l’utilisation des pesticides sur son territoire. Avant d’envisager répandre ces produits à votre domicile pour contrer les insectes indésirables, il est recommandé de s’informer auprès de votre ville ou municipalité.

Lors de l’utilisation de pesticides, il est recommandé de porter des protections comme des gants, des lunettes de sécurité, une visière ainsi qu’un masque pour éviter du mieux possible tout contact direct avec les pesticides lors de leurs disséminations dans vos champs, votre jardin ou votre domicile.

Pour plus de recommandation, consultez la page « Utilisation sécuritaire des pesticides » du Gouvernement du Canada.

Le Gouvernement du Canada indique  que « les personnes et les animaux de compagnie devraient quitter les lieux durant le traitement, en particulier les enfants, les femmes enceintes et les aînés. Interdisez‑leur l’accès à la zone traitée jusqu’à ce que le pesticide ait complètement séché » ou suite au délai conseillé par le vendeur ou indiqué sur l’étiquette du produit.

Si vous, votre famille ou vos animaux domestiques ou d’élevages avez ressenti des effets négatifs à la suite d’une utilisation de pesticide, Santé Canada recommande de remplir ce formulaire. « Il n’est pas nécessaire d’être certain que le pesticide utilisé a causé l’effet » pour le remplir.

Références bibliographiques

Références bibliographiques

  1. Group, G. B. D. N. D. C. (2017, Nov). Global, regional, and national burden of neurological disorders during 1990-2015: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2015. Lancet Neurol, 16(11), 877-897. https://doi.org/10.1016/S1474-4422(17)30299-5
  2. Van Maele-Fabry, G., Hoet, P., Vilain, F., & Lison, D. (2012, Oct 1). Occupational exposure to pesticides and Parkinson’s disease: a systematic review and meta-analysis of cohort studies. Environment International, 46, 30-43. https://doi.org/10.1016/j.envint.2012.05.004
  3. Costello, S., Cockburn, M., Bronstein, J., Zhang, X., & Ritz, B. (2009, Apr 15). Parkinson’s disease and residential exposure to maneb and paraquat from agricultural applications in the central valley of California. American Journal of Epidemiology, 169(8), 919-926. https://doi.org/10.1093/aje/kwp006
  4. Firestone, J. A., Smith-Weller, T., Franklin, G., Swanson, P., Longstreth, W. T., Jr., & Checkoway, H. (2005, Jan). Pesticides and risk of Parkinson disease: a population-based case-control study. Archives of Neurology, 62(1), 91-95. https://doi.org/10.1001/archneur.62.1.91
  5. Brooks, A. I., Chadwick, C. A., Gelbard, H. A., Cory-Slechta, D. A., & Federoff, H. J. (1999, Mar 27). Paraquat elicited neurobehavioral syndrome caused by dopaminergic neuron loss. Brain Research, 823(1-2), 1-10. https://doi.org/10.1016/s0006-8993(98)01192-5 https://doi.org/10.1016/S0006-8993(98)01192-5

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