
La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) a récemment ajouté la maladie de Parkinson sur la liste des maladies professionnelles. La CNESST s’est basée sur des données épidémiologiques montrant une plus grande proportion de malades de Parkinson chez les agriculteurs exposés aux pesticides que dans la population générale. Mais comment l’exposition prolongée à certains pesticides peut-elle favoriser l’apparition de la maladie ?
Entre 1905 et 2015, le nombre d’individus atteints de la maladie de Parkinson a augmenté de 118 % pour atteindre 6,2 millions de personnes dans le monde [1]. La maladie de Parkinson est, après la maladie d’AlzheimerMaladie neurodégénérative chronique où la dégénérescence des neurones entraine l'altération progressive de la mémoire et des fonctions cognitives., la maladie neurodégénérative la plus fréquente. Aujourd’hui ce sont 25 000 personnes qui vivent avec la maladie de Parkinson au Québec. Elle est caractérisée par l’association de plusieurs symptômes moteurs, comme une lenteur à exécuter des mouvements, de la rigidité, des tremblements et une instabilité posturale, mais également non moteurs, comme des problèmes cognitifs. Récemment, la maladie de Parkinson a été ajoutée à la liste des maladies professionnelles au Québec si celle-ci peut être associée à l’utilisation des pesticides. En effet, certains pesticides sont connus pour être neurotoxiques et favoriseraient l’apparition de la maladie.
Causes de la maladie, facteurs de risques pour les agriculteurs
Une exposition prolongée aux pesticides chez les agriculteurs et agricultrices est un des facteurs de risquesProbabilité qu'une personne subisse des effets nocifs pour sa santé en cas d'exposition à un contaminant (danger) de la maladie de Parkinson [2]. On estime que cette exposition double les risques de développer la maladie. Ainsi, les travailleurs qui manipulent des pesticides sont une population plus à risque.
En 2009, une étude utilisant un système GPS couplé à une base de données d’épandage de pesticides en Californie a montré que l’exposition au paraquat et au manèbe dans un rayon de 500 mètres augmentait à presque deux fois le risque de développer la maladie de Parkinson [3]. Ceci montre qu’en vivant à proximité de champs utilisant ces pesticides, le risque est aussi présent.

Dans cette même étude, il a été montré qu’une exposition à ces contaminants durant l’enfance peut augmenter jusqu’à six fois le risque de développer la maladie.
Risques différents en fonction du type d’agriculture
Tous les pesticides ne sont pas associés à la maladie de Parkinson. En effet, plusieurs études ont mis en évidence que le risque diffère selon le type d’agriculture [4]. Par exemple, les producteurs céréaliers sont beaucoup plus à risque de développer la maladie, comparé aux producteurs laitiers ou aux éleveurs. Les liens les plus forts sont retrouvés avec les insecticides organochlorés et certains herbicidesSubstance active ou préparation phytosanitaire permettant de tuer les plantes considérées comme indésirables. contenant du paraquat et de la roténone.
Mécanisme d’attaque dans le cerveau
Prenons l’exemple du paraquat, il s’agit de la molécule active d’un herbicideSubstance active ou préparation phytosanitaire permettant de tuer les plantes considérées comme indésirables. utilisé pour lutter contre l’apparition de mauvaises herbes. Suite à son exposition, ce composé atteint le cerveau, et va être activé à la surface des cellules gliales (microglie). Ceci va engendrer la production d’ions superoxydes, qui vont pénétrer dans les neuronesCellules qui forment la base du système nerveux. En communiquant entre eux via les neurotransmetteurs, les neurones transmettent de l'information et nous permettent de voir, sentir, toucher, goûter et penser. Les neurones sont donc à l’origine de l’ensemble de nos perceptions, cognitions et actions..

Les principaux neurones touchés, sont les neurones dopaminergiques, très sensible au stress oxydatifUn déséquilibre dans le corps entre des molécules agressives et nos défenses naturelles, ce qui peut endommager nos cellules. induit par les ions superoxydes. Ultimement, ce stress oxydatif va conduire à la mort de ces neurones. La dopamine est indispensable pour contrôler les mouvements du corps, plus particulièrement ceux qui sont automatiques. Dans les cas de disparitions de ces neurones, le ou la patiente est obligé de penser à réaliser ces mouvements, et ne peux plus les réaliser automatiquement.
Ceci explique entre autres les problèmes moteurs décelés chez les patient.e.s atteints par le Parkinson.
Le stress oxydatif apparaît quand des espèces réactives oxygénées, comme les ions superoxydes, pénètrent la cellule. Ces espèces sont très réactives et vont oxyder d’autres molécules, tel que l’ADN, les lipides ou les protéines contenues dans la cellule, entraînant des dommages et leur mort. Il faut savoir que le cerveau est un organe particulièrement sensible à ce phénomène, car il absorbe environ 20% de l’oxygène du corps.
Dans un contexte physiologique sain, des mécanismes de défenses par le biais de la production d’anti-oxydants s’opèrent. Cela peut se faire de différentes manières : de façon préventive, en piégeant ces espèces, ou en réparant les dommages. Des études animales ont permis de confirmer l’effet neurotoxique du paraquat puisqu’il entraîne une dégénération des neurones dopaminergiques ainsi que des déficits moteurs, soit une diminution de l’activité locomotrice et du réflexe postural [5].
L’utilisation du paraquat a été banni en 2018 dans 32 pays. Bien que l’Angleterre l’ait banni de son territoire, elle continue de l’exporter dans d’autres pays, comme le Brésil, la Colombie ou l’Afrique du Sud. Malgré un resserrement des règles d’utilisation, le paraquat est encore vendu aux États-Unis et au Canada.

Références bibliographiques
- Group, G. B. D. N. D. C. (2017, Nov). Global, regional, and national burden of neurological disorders during 1990-2015: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2015. Lancet Neurol, 16(11), 877-897. https://doi.org/10.1016/S1474-4422(17)30299-5
- Van Maele-Fabry, G., Hoet, P., Vilain, F., & Lison, D. (2012, Oct 1). Occupational exposure to pesticides and Parkinson’s disease: a systematic review and meta-analysis of cohort studies. Environment International, 46, 30-43. https://doi.org/10.1016/j.envint.2012.05.004
- Costello, S., Cockburn, M., Bronstein, J., Zhang, X., & Ritz, B. (2009, Apr 15). Parkinson’s disease and residential exposure to maneb and paraquat from agricultural applications in the central valley of California. American Journal of Epidemiology, 169(8), 919-926. https://doi.org/10.1093/aje/kwp006
- Firestone, J. A., Smith-Weller, T., Franklin, G., Swanson, P., Longstreth, W. T., Jr., & Checkoway, H. (2005, Jan). Pesticides and risk of Parkinson disease: a population-based case-control study. Archives of Neurology, 62(1), 91-95. https://doi.org/10.1001/archneur.62.1.91
- Brooks, A. I., Chadwick, C. A., Gelbard, H. A., Cory-Slechta, D. A., & Federoff, H. J. (1999, Mar 27). Paraquat elicited neurobehavioral syndrome caused by dopaminergic neuron loss. Brain Research, 823(1-2), 1-10. https://doi.org/10.1016/s0006-8993(98)01192-5 https://doi.org/10.1016/S0006-8993(98)01192-5










