
L’exposition chronique au plomb chez l’adulte, surtout en âge avancé, pourrait accélérer le déclin cognitif et affecter négativement l’humeur et les émotions.
Depuis l’époque romaine, l’intoxication au plomb est un problème qui menace la santé humaine [1]. Jadis, on utilisait le plomb pour l’irrigation de l’eau courante et comme contenant pour la fabrication et la consommation du vin. Quoiqu’il s’agisse d’une hypothèse controversée, l’intoxication au plomb aurait contribuée au décès de certains empereurs romains [2].
Aujourd’hui, les conséquences néfastes d’une forte exposition au plomb sont bien documentées, telles que la nausée, le dysfonctionnement des reins, l’irritabilité et les gencives bleutées. À noter que les effets d’une exposition ponctuelle à forte dose se résorbent généralement.
L’exposition chronique sur plusieurs années semblent quant à elle mener à des conséquences persistantes [3]. Alors qu’il est connu que l’exposition chronique peut avoir des effets sur le fonctionnement du cerveau des enfants, il existe également des données de recherche montrant des effets sur les capacités cognitives et affectives des adultes.
Ces études chez les adultes portent principalement sur les conséquences du plomb à la suite d’une exposition chronique en milieux de travail. L’industrie minière, l’imprimerie et les manufactures de batteries sont des exemples de milieux de travail où les travailleurs peuvent être exposés au plomb.

Comme le plomb a tendance à s’accumuler dans les os du corps et à y rester très longtemps (plusieurs décennies), les recherches sur le sujet quantifient généralement l’exposition chronique et cumulative de plomb durant la vie à partir de la concentration de plomb contenue dans les tibias.
La maladie qui est causée par une intoxication au plomb.
Carex Canada estime que près de 273 000 canadiens et canadiennes sont exposés au plomb en milieu de travail. Consultez leur bilan (en anglais).
Pour en apprendre davantage sur l’exposition au plomb sur les chantiers de construction, réviser la page du Ministère du Travail, de la Formation et du Développement des compétences de l’Ontario.
Exemple d’un lieu de travail au Québec où les travailleur.e.s sont exposés à du plomb. Lisez l’article de Radio-Canada : Des travailleurs exposés « inutilement » à du plomb au chantier Davie.
Conséquences neurologiques
Même si l’état des connaissances chez l’adulte est moindre que chez les enfants, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) soutient que les habiletés intellectuelles des adultes peuvent également être affectées par le plomb. L’étude principale sur laquelle l’OMS appuie sa conclusion fait état d’une diminution d’environ 1 à 5 points de quotient intellectuel par tranche de 10 𝜇g/dL de plomb dans le sang [4]. La limite actuelle fixée par Santé Canada est de 5 𝜇g/dL de plomb.
Parmi les fonctions intellectuelles les plus affectées par l’exposition chronique au plomb, on compte notamment les habiletés visuo-spatiales [3], soit la capacité à reproduire des formes complexes, à distinguer des formes entre-elles et à coordonner les mouvements des mains avec l’information visuelle au cours d’une tâche.

Une étude ayant suivi pendant 22 ans une cohorte de travailleurs d’une usine de batteries au plomb a montré que plus le niveau de plomb dans les tibias était élevé, plus la performance intellectuelle était faible [5]. Les fonctions les plus affectées étaient les habiletés visuo-spatiales et la capacité d’apprentissage. De plus, l’association entre les moins bonnes fonctions intellectuelles et l’exposition au plomb était plus forte chez les travailleurs plus âgés.
Ainsi, cette étude soutient que plus on est âgé, plus nos fonctions intellectuelles sont vulnérables à l’exposition de ce métal. Les auteurs de l’étude ont observé qu’un niveau de plomb plus élevé était également associé à un plus grand déclin cognitif durant les 22 années de suivi.
D’autres recherches indiquent que l’exposition chronique au plomb pourrait être associée à une accélération du déclin cognitif lié à l’âge [3]. Une étude sur le vieillissement auprès de 1031 personnes âgés de 68 ans en moyenne a trouvé que l’exposition au plomb augmentait d’au moins 3 fois le risque d’avoir un faible résultat à un examen servant à dépister les démences [6]. Ces examens sont généralement faciles et une personne avec toutes ses capacités devrait avoir un score presque parfait.
Encore une fois, plus le niveau de plombémie était élevé, plus le résultat à l’examen diminuait rapidement avec les années. Cette étude soutient donc que l’exposition chez des personnes plus âgées est associée à de moins bonnes performances cognitives que la moyenne et pourrait accélérer le déclin cognitif lié à l’âge. Il est toutefois important de noter que d’autres études similaires n’ont pas obtenus les mêmes résultats [7-9]. L’état des connaissances actuel ne permet donc pas de conclure que l’exposition au plomb est nécessairement associée à un plus grand déclin cognitif lié à l’âge.
L’exposition au plomb à l’âge adulte a aussi été associée à une diminution de la vitesse de traitement de l’information [4] et à une augmentation des symptômes anxieux et dépressifs [10]. En effet, le plomb a été lié à des habiletés de prise de décision ralenties et à un plus long temps de réaction. Ces déficits n’étaient cependant présents qu’à partir d’un taux de plomb sanguin relativement élevé, soit 40 𝜇g/dL ou plus. De telles expositions au-dessus de la limite de 10 𝜇g/dL fixée par l’OMS, sont heureusement très peu fréquentes.

Par ailleurs, certaines études ont décelé un lien entre l’exposition au plomb et l’état affectif à l’âge adulte. Ainsi, plus la concentration de plomb était élevée, plus ces dernières rapportaient de symptômes anxieux et dépressifs. Cette association semblait surtout se présenter lorsque l’on considérait l’exposition chronique au plomb, c’est-à-dire la concentration de plomb s’étant accumulée dans les os du corps au fil des années, et non la concentration sanguine qui reflète davantage une exposition ponctuelle.
Références bibliographiques
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