
Il est connu que le mercure, retrouvé parfois dans la chair de poisson, est toxique pour les humains. Ceci n’empêche pas Santé Canada de recommander la consommation de poissons plusieurs fois par mois. Toutefois, l’organisme réglementaire suggère que certaines espèces sont à prioriser, alors que d’autres peuvent être évitées. Les grands poissons prédateurs ne devraient pas se retrouver dans l’assiette des femmes enceintes et des jeunes enfants, mais cela ne signifie pas pour autant qu’ils doivent s’abstenir de manger du poisson.
En 2010, un groupe de scientifiques de l’Université du Québec à Montréal publiait une étude annonçant que plus de 50 % des brochets, des dorés jaunes et des truite grises du Québec contenaient des taux de mercure dépassant les normes recommandées par Santé Canada pour la consommation fréquente [1]. Lorsqu’ingéré, le mercure se retrouve dans les tissus biologiques humains, incluant le cerveau, et peut entraîner la mort de neuronesCellules qui forment la base du système nerveux. En communiquant entre eux via les neurotransmetteurs, les neurones transmettent de l'information et nous permettent de voir, sentir, toucher, goûter et penser. Les neurones sont donc à l’origine de l’ensemble de nos perceptions, cognitions et actions. [2]. C’est pourquoi on le qualifie d’agent neurotoxique. Considérant le rôle essentiel pour le développement humain de certains nutriments retrouvés dans le poisson, comme les oméga-3, faut-il s’inquiéter de la présence du mercure dans cet aliment? Heureusement, il existe plus d’une centaine d’espèces de poissons retrouvées au Canada, dont certaines sont beaucoup moins à risque de contenir du mercure.
Une période clé fragile
Les effets néfastes de l’exposition au mercure à faible dose chez l’adulte ne sont pas toujours apparents. Il faut se pencher plus précisément sur certaines périodes du développement humain pour observer l’émergence d’un consensus scientifique.
En effet, les impacts de l’exposition au mercure sont plus évidents en bas âge et sont particulièrement nocifs si l’exposition a lieu pendant la période fœtale.

En d’autres mots, le cerveau du fœtus est plus susceptible d’être altéré par le mercure comparativement au cerveau mature des adultes qui a déjà franchi la majorité des étapes cruciales à son développement [2]. Dans les faits, ce qu’on appelle la barrière placentaireEnsemble de couches de tissus situées dans le placenta, qui séparent la circulation sanguine de la mère de celle de l'embryon ou du fœtus. Elle agit comme filtre pour limiter le passage de certaines substances nocives et protéger le développement du futur bébé. n’est pas totalement étanche : une partie du mercure consommé par la mère la traverse aisément et est acheminée jusqu’au cerveau du fœtus par le sang [3]. Ainsi, les femmes enceintes ou prévoyant le devenir sont à risque d’exposer leur enfant lorsqu’elles consomment fréquemment des poissons dont la chair contient du mercure.
Des atteintes cognitives sous la loupe
L’exposition au mercure à faible dose durant la grossesse est souvent associée à des difficultés qui se manifestent plus tard lors du développement de l’enfant.

On remarque chez ces enfants une performance plus faible à des tâches évaluant la mémoire, comme la capacité à se rappeler des listes de mots ou à retrouver le bon mot pour nommer des objets communs, ainsi que lors de tâches requérant une bonne coordination et de la motricité fine [4, 5]. Néanmoins, certaines études n’ont pas observé de liens entre le fonctionnement cognitif à l’enfance et l’exposition faible au mercure durant la grossesse [6].
Une hypothèse a été proposée pour expliquer ces résultats apparemment divergents: la présence de nutriments essentiels dans le poisson, comme les oméga-3 ou encore le sélénium, contribuerait positivement au développement normal de l’enfant et pourrait ainsi atténuer les effets du mercure.
Par exemple, dans une étude menée aux États-Unis, le mercure était associé à une baisse de performance dans un test de mémoire, alors que la consommation de poisson était associée au meilleur développement de cette fonction [7]. Ainsi, les résultats de cette étude soutiennent que les enfants ont simultanément profité des bienfaits du poisson tout en étant exposés aux risquesProbabilité qu'une personne subisse des effets nocifs pour sa santé en cas d'exposition à un contaminant (danger) des substances nocives qu’il contient.
C’est pourquoi Santé Canada, en considérant l’ensemble de ces résultats, a émis des recommandations encourageant la consommation régulière de poissons à haute teneur en oméga-3, mais à faible teneur en mercure. Au Québec, on encourage les femmes enceintes ou planifiant une grossesse d’éviter les poissons prédateurs comme le doré et le brochet, et de prioriser les truites mouchetées, le grand corégone, l’éperlan arc-en-ciel et les poissons gras comme le saumon de l’atlantique [8].

Les poissons qui se retrouvent au sommet de la chaîne alimentaire accumulent une quantité plus importante de mercure dans leur chair lorsqu’ils consomment d’autres poissons plus petits. Ainsi, les gros poissons piscivores (se nourrissant d’autres poissons) ont un taux de mercure souvent plus important que les petits poissons insectivore ou benthivore (se nourrissant de larves, crustacés, etc. présents dans les fonds des plans d’eau).
Les poissons qui se retrouvent au sommet de la chaîne alimentaire accumulent une quantité plus importante de mercure dans leur chair lorsqu’ils consomment d’autres poissons plus petits. Ainsi, les gros poissons piscivores (se nourrissant d’autres poissons) ont un taux de mercure souvent plus important que les petits poissons insectivore ou benthivore (se nourrissant de larves, crustacés, etc. présents dans les fonds des plans d’eau).
Références bibliographiques
- Lavigne, M., Lucotte, M., Paquet, S. (2010). Relationship between Mercury Concentration and Growth Rates for Walleyes, Northern Pike, and Lake Trout from Quebec Lakes. North American Journal of Fisheries Management, 30(5), 1221-1237. doi:10.1577/m08-065.1.
- Grandjean, P. & Landrigan, P. J. (2006). Developmental neurotoxicity of industrial chemicals. Lancet, 368(9553), 2167-2178. doi:10.1016/S0140-6736(06)69665-7.
- Ask, K., Akesson, A., Berglund, M., & Vahter, M. (2002). Inorganic mercury and methylmercury in placentas of Swedish women. Environ Health Perspect, 110(5), 523-526. doi:10.1289/ehp.02110523.
- Grandjean, P., Weihe, P., White, R. F., & Debes, F. (1998). Cognitive performance of children prenatally exposed to « safe » levels of methylmercury. Environ Res, 77(2), 165-172. doi:10.1006/enrs.1997.3804.
- Grandjean, P., White, R. F., Weihe, P., & Jorgensen, P. J. (2003). Neurotoxic risk caused by stable and variable exposure to methylmercury from seafood. Ambul Pediatr, 3(1), 18-23. doi:10.1367/1539-4409(2003)003<0018:nrcbsa>2.0.co;2.
- Van Wijngaarden, E., Beck, C., Shamlaye, C. F., Cernichiari, E., Davidson, P. W., Myers, G. J. & Clarkson, T. W. (2006). Benchmark concentrations for methyl mercury obtained from the 9-year follow-up of the Seychelles Child Development Study. Neurotoxicology, 27(5), 702-709. doi:10.1016/j.neuro.2006.05.016.
- Oken, E., Wright, R. O., Kleinman, K. P., Bellinger, D., Amarasiriwardena, C. J., Hu, H. & Gillman, M. W. (2005). Maternal fish consumption, hair mercury, and infant cognition in a U.S. Cohort. Environ Health Perspect, 113(10), 1376-1380. doi:10.1289/ehp.8041.
- Gouvernement du Québec. (2021). Guide de consommation du poisson de pêche sportive en eau douce. Repéré à https://www.environnement.gouv.qc.ca/eau/guide/presentation.htm https://www.environnement.gouv.qc.ca/eau/guide/localisation.asp.
- Environment and Climate Change Canada. (2016). Canadian Mercury Science Assessment : Summary of Key Results. Retrieved from http://publications.gc.ca/collections/collection_2016/eccc/En84-130-2-2016-eng.pdf.











