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Cannabis et grossesse ne font pas bon ménage

D’après l’Enquête canadienne sur la consommation de substances menée en 2023, 6,3% des femmes enceintes déclarent avoir consommé du cannabis en étant consciente de leur grossesse. Ce chiffre grimpe à 7,5% pendant l’allaitement [1]. Pourtant, plusieurs études montrent que le cannabis comporte un risque important d’altérer le développement du fœtus et peut entraîner des conséquences durables sur la santé de l’enfant [2].

Par Lydia Trottier,
07/2025

Diverses raisons poussent les femmes enceintes à consommer du cannabis, notamment pour soulager les nausées, réduire le stress et l’anxiété, ou encore améliorer leur sommeil et leur appétit. Certaines se tournent vers cette substance par méfiance envers le système médical ou les médicaments habituellement prescrits, percevant le cannabis comme une alternative naturelle, bénéfique pour leur bien-être et sans danger pour leur futur enfant [3].

Des substances qui atteignent facilement le fœtus

Le cannabis est une plante contenant plusieurs substances, dont les plus connues pour leurs effets sur le cerveau sont le tétrahydrocannabinol (THC) et le cannabidiol (CBD).
Ces substances ont la capacité de traverser la barrière placentaire qui protège le fœtus, et atteindre ce dernier par la circulation sanguine. Après la naissance, elles peuvent également être transmises à l’enfant par le lait maternel [3].

Conséquences sur la croissance physique

La consommation de cannabis pendant la grossesse est associée à un risque plus élevé d’accouchement prématuré, à une taille de tête plus petite et à un poids plus faible à la naissance [4]. Ces facteurs augmentent le risque de mortalité avant un an et de retard développemental, lequel se manifeste par des difficultés cognitives, comportementales ou mentales [5]. On observe également un nombre accru d’hospitalisations chez les nouveau-nés exposés, notamment en raison de symptômes de sevrage [2].

Perturbation du développement cérébral et mental

L’exposition prénatale au cannabis est liée à des effets sur la cognition, le comportement et la santé mentale de l’enfant. Des études longitudinales ont montré que ces enfants présentent plus souvent des difficultés de compréhension du langage, de mémoire, de traitement de l’information visuelle et d’attention. Un risque plus élevé de difficultés d’apprentissage a aussi été rapporté. Sur le plan comportemental, ces enfants sont plus susceptibles d’exprimer de l’impulsivité, de l’hyperactivité ou des comportements agressifs. Ils présentent également un risque plus élevé de développer des symptômes d’anxiété ou de dépression, et de commencer à consommer du cannabis à un plus jeune âge [6].

Plusieurs mécanismes d’action impliqués

Les mécanismes expliquant ces effets ne sont pas encore totalement compris, mais plusieurs hypothèses ont été proposées. Des recherches montrent que le THC peut réduire le débit sanguin vers le placenta, ce qui limite l’apport de nutriments au fœtus et freine son développement [2]. Le cannabis agit également sur les récepteurs aux cannabinoïdes présents dès le début du développement et ces derniers jouent un rôle crucial dans le développement du placenta. Enfin, le THC pourrait perturber certaines hormones importantes pour la croissance fœtale [7]. Ces différents mécanismes pourraient expliquer les effets observés sur la croissance et le neurodéveloppement.

Les limites des recherches actuelles

Même si les professionnels de la santé recommandent d’éviter le cannabis pendant la grossesse et l’allaitement, les recherches sur ses effets se heurtent à plusieurs enjeux. Par exemple, la consommation de cannabis est souvent associée à la consommation d’autres substances comme l’alcool ou le tabac, ce qui rend difficile l’isolement des effets du cannabis seul. De plus, la concentration en THC varie selon les produits, tout comme la quantité, la fréquence de consommation, et le moment de l’exposition pendant la grossesse. Les études effectuées à ce jour auprès des femmes enceintes reposent sur des informations rapportées par ces dernières, qui peuvent être inexactes. Enfin, la consommation du cannabis pendant la grossesse est plus fréquente chez les femmes ayant un niveau de scolarité ou un statut socioéconomique plus faibles, et pouvant avoir un accès limité aux soins prénataux [6].

• La Société des obstétriciens et des gynécologues du Canada déconseille toute consommation de cannabis, qu’elle soit médicale ou récréative, pendant la grossesse ou l’allaitement.
• Il est essentiel de sensibiliser les futures parents et les professionnels de la santé aux effets potentiels du cannabis sur le développement de l’enfant. Malgré certaines limites dans les recherches humaines, les études menées chez l’animal montrent que la consommation de cannabis nuit au fonctionnement du cerveau en développement.
• La future maman n’est pas la seule concernée! La consommation de cannabis par le père peut altérer la qualité du sperme et provoquer des modifications génétiques transmissibles à l’enfant [8]. De plus, la fumée secondaire pourrait exposer indirectement le fœtus ou le nourrisson au cannabis.

EN RÉSUMÉ

La consommation de cannabis pendant la grossesse et l’allaitement représente un risque pour le développement du fœtus et du futur enfant. Le THC et le CBD traversent facilement le placenta et peuvent également se retrouver dans le lait maternel. Plusieurs études montrent des conséquences possibles sur la croissance physique du bébé, ainsi que sur son développement cognitif, comportemental et émotionnel. Malgré certaines limites dans la recherche, les experts recommandent d’éviter toute consommation de cannabis pendant cette période. Il est essentiel de mieux informer les futurs parents et de promouvoir des alternatives sécuritaires pour soulager les inconforts liés à la grossesse.

Références bibliographiques

[1] Agence de la santé publique du Canada. (2024, décembre 27). Enquête canadienne sur la consommation de substances (ECCS) : Outil de données — Canada.ca [Datasets; statistics; education and awareness]. https://sante-infobase.canada.ca/consommation-de-substances/eccs/

[2] Koto, P., Allen, V., Fahey, J., & Kuhle, S. (2022). Maternal Cannabis Use During Pregnancy and Maternal and Neonatal Outcomes : A Retrospective Cohort Study. BJOG: An International Journal of Obstetrics & Gynaecology, 129. https://doi.org/10.1111/1471-0528.17114

[3] Swenson, K. (2023). Cannabis for morning sickness : Areas for intervention to decrease cannabis consumption during pregnancy. Journal of Cannabis Research, 5. https://doi.org/10.1186/s42238-023-00184-x

[4] Marchand, G., Masoud, A. T., Govindan, M., Ware, K., King, A., Ruther, S., Brazil, G., Ulibarri, H., Parise, J., Arroyo, A., Coriell, C., Goetz, S., Karrys, A., & Sainz, K. (2022). Birth Outcomes of Neonates Exposed to Marijuana in Utero: A Systematic Review and Meta-analysis. JAMA Network Open, 5(1), e2145653. https://doi.org/10.1001/jamanetworkopen.2021.45653

[5] Ainiti, D.-F., Lykeridou, A., Nanou, C., & Deltsidou, A. (2023). Cannabis use during pregnancy and its effect on the fetus, newborn and later childhood : A systematic review. European Journal of Midwifery, 7, 1 9. https://doi.org/10.18332/ejm/168727

[6] Badowski, S., & Smith, G. (2020). Usage de cannabis durant la grossesse et le post-partum. Canadian Family Physician, 66(2), e44 e50.

[7] Maia, J., Almada, M., Midão, L., Fonseca, B. M., Braga, J., Gonçalves, D., Teixeira, N., & Correia-da-Silva, G. (2020). The Cannabinoid Delta-9-tetrahydrocannabinol Disrupts Estrogen Signaling in Human Placenta. Toxicological Sciences, 177(2), 420–430. https://doi.org/10.1093/toxsci/kfaa110

[8] Schrott, R., Acharya, K., Itchon-Ramos, N., Hawkey, A. B., Pippen, E., Mitchell, J. T., Kollins, S. H., Levin, E. D., & Murphy, S. K. (2020). Cannabis use is associated with potentially heritable widespread changes in autism candidate gene DLGAP2 DNA methylation in sperm. Epigenetics, 15(1–2), 161–173. https://doi.org/10.1080/15592294.2019.1656158