Pollution et sommeil : quand l’air qu’on respire perturbe nos nuits

Le sommeil est au cœur de la santé et du bien-être de chacun. Pourtant, aujourd’hui, de plus en plus de personnes éprouvent des difficultés de sommeil. Celles-ci sont très souvent associées au stress et à l’anxiété, mais des données scientifiques récentes pointent vers un autre facteur jusqu’ici ignoré : la pollution de l’air. Cette menace invisible, qui enveloppe nos villes et nos espaces de vie, pourrait compromettre la qualité de nos nuits, avec des effets bien plus larges qu’on ne l’imagine.
Respirer, c’est aussi une question de santé

La pollution de l’air peut être extérieure ou intérieure, avec des sources et des effets spécifiques. À l’extérieur, les principaux polluants proviennent des activités humaines comme le transport, l’industrie et l’agriculture, ou bien de sources naturelles tel que des feux de forêt. À l’intérieur, d’autres sources peuvent dégrader la qualité de l’air, comme la fumée de tabac, les poêles à bois mal entretenus, les produits ménagers parfumés, ou encore les bougies et diffuseurs d’huiles essentielles.
Parmi ces polluants, les particules finesRéfère à une gamme de particules (le plus souvent atmosphériques) dont le diamètre est inférieur à 2,5 microns, soit 0,0025 millimètre. C'est pourquoi elles sont aussi appelées PM2,5 (de l'anglais Particulate Matter). Les particules fines sont donc si petites qu'il faut un microscope pour les voir. Elles sont particulièrement néfastes et dangereuses pour le système respiratoire. (PM2,5 et PM10) sont particulièrement préoccupantes. Elles pénètrent profondément dans les poumons et peuvent atteindre la circulation sanguine, provoquant inflammationRéaction normale du corps face à une agression (comme une infection ou une blessure), qui agit comme une alarme qui s’active pour protéger l’organisme. et stress oxydatifUn déséquilibre dans le corps entre des molécules agressives et nos défenses naturelles, ce qui peut endommager nos cellules.. Dans les poumons, cette inflammation chronique peut déclencher ou aggraver des maladies respiratoires comme l’asthme ou des bronchites. Une fois dans le sang, ces particules favorisent des réactions inflammatoires qui augmentent le risque de maladies cardiovasculaires, notamment l’hypertension [3].
Ces polluants peuvent aussi passer dans le cerveau, où ils provoquent une inflammation et abîment les cellules, augmentant le risque d’altérations de la mémoire et la concentration, incluant les troubles neurocognitifs comme la maladie d’AlzheimerMaladie neurodégénérative chronique où la dégénérescence des neurones entraine l'altération progressive de la mémoire et des fonctions cognitives.. De plus, ces substances peuvent perturber notre équilibre hormonal, un peu comme si elles déréglaient les « messagers » chimiques du corps, ce qui peut affecter l’humeur, le sommeil, et d’autres fonctions essentielles [3].
Le sommeil, un processus biologique essentiel
Le sommeil permet, entre autres fonctions, au corps de se réparer, au cerveau de consolider la mémoire, et à notre système immunitaire de se réguler. Un sommeil de bonne qualité repose sur plusieurs facteurs, dont une durée suffisante, une continuité sans réveils fréquents, et un cycle équilibré entre différentes phases, comme le sommeil profondUne phase du sommeil où le corps récupère le plus physiquement. C’est durant ce moment qu’on dort profondément, que le cerveau ralentit et que le corps se répare. et le sommeil paradoxalUne phase du sommeil pendant laquelle on rêve le plus. Le cerveau est très actif, mais les muscles sont détendus. [3]. Lorsque ce rythme est perturbé, on parle de troubles du sommeil, qu’il s’agisse d’insomnie, d’apnée du sommeil, de sensation de sommeil non réparateur et encore plus. Ces troubles sont associés à un risque accru de maladies chroniques, notamment le diabète, l’obésité, les maladies cardiovasculaires, mais aussi à des effets néfastes sur le cerveau, tels que des troubles de la mémoire, une diminution des capacités cognitives, et une augmentation du risque de troubles de l’humeur comme la dépression et l’anxiété [4, 5].


Les recherches scientifiques ont montré une association entre l’exposition à la pollution de l’air et la qualité du sommeil à tout âge, soit chez les enfants, les adolescent.e.s et les adultes. Cependant, l’ampleur de cette association semble varier selon l’âge, en particulier à l’enfance et chez les personnes âgées puisque leur organisme est plus sensible aux effets néfastes des polluants. Les particules fines présentes dans l’air peuvent atteindre le cerveau en passant par le nerf olfactifUn nerf qui relie notre nez à notre cerveau. Il aussi un rôle dans certaines fonctions du cerveau, comme la mémoire ou les émotions., ce qui peut dérégler certains neurotransmetteurs essentiels à la régulation du sommeil, comme la sérotonineSubstance chimique produite par le cerveau, souvent surnommée « l’hormone du bonheur ». Elle aide à réguler entre autres l’humeur, l’appétit et le sommeil.. Chez les enfants, dont le cerveau est en plein développement, cette exposition pourrait entraîner une inflammation ou des dommages neuronaux, perturbant ainsi le fonctionnement normal du sommeil. Par ailleurs, les polluants inhalés, qu’ils soient d’origine extérieure ou intérieure, peuvent provoquer des inflammations des voies respiratoires [6], augmentant ainsi les risquesProbabilité qu'une personne subisse des effets nocifs pour sa santé en cas d'exposition à un contaminant (danger) de troubles respiratoires comme l’apnée du sommeil ou les épisodes d’hypoxie, lesquels perturbent directement le sommeil.
Pour favoriser un air plus sain à la maison, il est recommandé de :
• Ne pas fumer à l’intérieur.
• Entretenir correctement les appareils à combustion (poêles à bois, foyers, chauffe-eaux).
• Limiter l’usage de produits ménagers parfumés, bougies ou diffuseurs d’huiles essentielles, et privilégier des produits naturels ou non parfumés.
• Aérer les pièces pendant et après l’utilisation de produits ménagers.
• Ventiler régulièrement le logement.
• Contrôler l’humidité ambiante.
• S’équiper de détecteurs appropriés (ex. monoxyde de carbone).
• Consulter les indices de qualité de l’air avant de planifier ses activités extérieures [7].
[1] World Health Organization. (2024). Air Pollution. World Health Organization; World Health Organization. https://www.who.int/health-topics/air-pollution#tab=tab_1
[2] Ohayon, M. M. (2011). Epidemiological overview of sleep disorders in the general population. Sleep Medicine Research, 2(1), 1-9.
[3] Cao, B., Chen, Y., & McIntyre, R. S. (2021). Comprehensive review of the current literature on the impact of ambient air pollution and sleep quality. Sleep medicine, 79, 211-219.
[4] McArdle, N., Reynolds, A. C., Hillman, D., Moses, E., Maddison, K., Melton, P., & Eastwood, P. (2022). Prevalence of common sleep disorders in a middle-aged community sample. Journal of clinical sleep medicine, 18(6), 1503-1514.
[5] Tang, M., Li, D., Liew, Z., Wei, F., Wang, J., Jin, M., … & Ritz, B. (2020). The association of short-term effects of air pollution and sleep disorders among elderly residents in China. Science of The Total Environment, 708, 134846.
[6] Liu, J., Wu, T., Liu, Q., Wu, S., & Chen, J. C. (2020). Air pollution exposure and adverse sleep health across the life course: a systematic review. Environmental Pollution, 262, 114263.
[7] Canada, H. (2021, May 18). Improve indoor air quality in your home. Www.canada.ca. https://www.canada.ca/en/health-canada/services/air-quality/improve-indoor-air-quality-in-your-home.html

