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La 5G et la santé, un accord possible?

La technologie 5G se situe récemment au centre de maintes polémiques cernées par les théories du complot, scientifiques et grandes multinationales qui veulent leur part du marché. À travers la quantité astronomique d’informations disponibles, il est parfois difficile de différencier les sources fiables des opinions personnelles. La question qui alimente l’ensemble de ces publications demeure néanmoins légitime : le déploiement de la technologie 5G entraîne-t-il un risque sur la santé humaine? Le consensus scientifique international affirme que c’est invraisemblable, mais des recherches futures sont nécessaires pour le confirmer.

Par Mathieu Fornasier-Bélanger,
09/2021

Mais c’est quoi ça, la 5G?

Il faut tout d’abord comprendre que la 5G n’est pas une technologie entièrement nouvelle. Elle est le produit de l’évolution des quatre générations de télécommunications mobiles précédentes (d’où son nom 5e génération). Il ne faut pas méprendre la technologie 5G avec les réseaux Wi-Fi qui utilisent parfois des fréquences d’ondes radio de 5GHz. Les ondes radio qu’elle utilise pour transmettre l’information sont employées dans plusieurs autres applications depuis le milieu du 20e siècle, tel que les radars [1].

Une onde radio est notamment caractérisée par sa fréquence, qui s’exprime en Hertz (Hz). Le spectre total des ondes radio est relativement large, alors que celui employé par la technologie 5G varie plus ou moins entre 450 MHz et 30 GHz. En guise de référence, le Wi-Fi utilise des fréquences entre 2 et 5GHz, et la télévision entre 54 et 700 MHz.

La 5G se distingue notamment des générations précédentes par l’utilisation d’ondes radio à plus hautes fréquences, dotées d’une plus grande intensité. Étant donné que les ondes à haute fréquence voyagent à de plus petites distances dans l’espace et pénètrent moins les objets, environ 60 000 antennes seront nécessaires pour couvrir le territoire de Montréal comparativement aux 1 200 antennes de la génération précédente [2].

Cependant, la plus grande intensité des ondes 5G ainsi que l’augmentation du nombre d’antennes ne signifient pas nécessairement qu’elles sont pour autant dangereuses.

L’impact sur la santé ?

Les ondes radio font partie du spectre des ondes électromagnétiques. Ces ondes sont classées en fonction de leur longueur (et par équivalence, la fréquence) ainsi que par l’énergie transportée par leurs photons. Les ondes qui portent une charge d’énergie suffisamment puissante sont appelées ionisantes, c’est-à-dire qu’elles changent la charge électrique des ions lors de leurs passages à travers la matière. Ce processus est nocif pour les êtres humains puisqu’il peut entraîner le cancer et même la mort en cas de surdose [3].

Par exemple, les rayonnements ultraviolets du soleil sont ionisants et c’est pourquoi il est important de prévenir les coups de soleil. Les ondes radio, elles, sont non-ionisantes. Elles peuvent toutefois affecter les tissus biologiques. En effet, l’énergie contenue par les ondes cause une augmentation de la température de la matière qui les absorbe. C’est ce principe qui permet au four à micro-ondes de réchauffer la nourriture ou qui fait en sorte que l’on peut se brûler en changeant une ampoule récemment éteinte.

L’effet thermique des ondes radio est bien documenté. Plusieurs comités scientifiques internationaux comme l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et la Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants (ICNIRP) ont établi des limites d’exposition afin de prévenir les conséquences néfastes que l’augmentation de température peut avoir sur les humains [4] [5]. Ces seuils d’intensité prennent en compte l’exposition directe, soit lorsqu’une antenne est pointée directement sur une personne, et l’exposition indirecte, soit l’exposition à une multitude d’antennes qui projettent dans l’environnement.

Toutefois, une autre question préoccupe certaines personnes : existe-t-il un mécanisme d’action inconnu, qui agit autrement que par l’augmentation de température, et qui pourrait ainsi entrainer des effets néfastes?

Le grand débat

Au cours des dernières années, la littérature scientifique s’est penchée sur plusieurs fonctions biologiques possiblement affectées par les effets « non thermiques » des ondes radio, tels que l’impacts neurologiques, la baisse de fertilité, les changements métaboliques, les cancers, etc. Un nombre important d’études rapportent des effets néfastes des ondes radio sur l’ensemble des fonctions étudiées. Une méta-analyse révèle qu’environ 70% des études utilisant des fréquences d’ondes similaires à celles employées par la 5G indiquent avoir détecté des effets non thermiques sur des organismes vivants [6].

Cependant, la majorité de ces études ne respectent pas les standards de qualité nécessaire pour en tirer des conclusions satisfaisantes (absence de groupes contrôles, pas de thermomètres permettant de mesurer les effets thermiques, etc.). Plus les études sont réalisées avec rigueur, moins il y a d’effets détectés [7]. De plus, l’absence de reproductibilité des études démontrant un effet non thermique rend leurs conclusions incertaines [8]. Par ailleurs, plusieurs croyances populaires comme « l’exposition au téléphone cellulaire cause le cancer : il faut tenir le combiné loin de sa tête! » sont remises en question par des études récentes [9]. Le constat est celui-ci : s’il existe bel et bien des effets non thermiques, les études actuelles ne permettent pas de les expliquer.

C’est pourquoi la ICNIRP mentionne qu’il est improbable que l’exposition aux ondes radio respectant les limites établies entraîne des effets néfastes sur la santé. Cependant, il est impératif de poursuivre la recherche dans le domaine (avec des études de meilleure qualité) puisque peu d’études se sont spécifiquement penchées sur les risques de la 5G.

Merci à Olivier Gingras, candidat au doctorat en physique de la matière condensée à l’Université de Montréal, pour la révision des aspects appartenant au domaine de la physique.

EN RÉSUMÉ

Si quelqu’un de votre entourage croit que la 5G cause des maladies graves comme le cancer, sachez que les ondes électromagnétiques d’une ampoule allumée sont au moins 1 000 fois plus énergétiques qu’une onde radio . Or, la croyance que la lumière est responsable du cancer ne court pas les rues! Comme les ondes électromagnétiques sont quasi omniprésentes, il est important que les restrictions mises en place soient respectées par les environnements de travail, puisque les impacts thermiques peuvent bel et bien avoir des conséquences sur la santé. Pour ce qui est des effets non thermiques, les études actuelles ne sont pas concluantes quant à leur existence. Conséquemment, des recherches ultérieures sont requises afin de confirmer l’absence de danger.

Références bibliographiques

Références bibliographiques

  1. Skolnik, M. (S.D.). History of Radar. Dans Encyclopædia Chicago: Encyclopædia Britannica, Inc. [en ligne] : https://www.britannica.com/technology/radar/History-of-radar.
  2. Corniou, M. (2020, 2 avril). La 5G aura-t-elle un effet sur l’environnement?. Québec Science. https://www.quebecscience.qc.ca/technologie/5g-aura-t-elle-effet-environnement/.
  3. Stenke L et coll. (2018). Coordination of Management of the Acute Radiation Syndrome. Radiation protection dosimetry. 182 (1): 80. https://doi.org/10.1093/rpd/ncy144.
  4. (2020). ICNIRP Guidelines for Limiting Exposure to Electromagnetic Fields (100 KHz to 300 GHz). Health Physics. 118 (5) : 483. https://doi.org/10.1097/HP.0000000000001210.
  5. Organisation Mondiale de la Santé (2006). Framework for developing health-based EMF standards. Genève. https://www.who.int/peh-emf/standards/EMF_standards_framework[1].pdf.
  6. Simkó M. et M.-O. Mattson (2019). 5G Wireless Communication and Health Effects-A Pragmatic Review Based on Available Studies Regarding 6 to 100 GHz. International Journal of Environmental Research and Public Health. 16 (18) : 3406. https://doi.org/10.3390/ijerph16183406.
  7. Simkó, M. Remondini, D., Zeni O. et M. R. Scarfi (2016). Quality Matters: Systematic Analysis of Endpoints Related to “Cellular Life” in Vitro Data of Radiofrequency Electromagnetic Field Exposure. International Journal of Environmental Research and Public Health. 13 (7) : 701. https://doi.org/10.3390/ijerph13070701.
  8. Vijaylaxmi et T. J. Prihoda (2019). Comprehensive Review of Quality of Publications and Meta-analysis of Genetic Damage in Mammalian Cells Exposed to Non-Ionizing Radiofrequency Fields. Radiation Research. 191 (1) : 20. https://doi.org/10.1667/RR15117.1.
  9. Röösli, M., Lagorio, S., Schoemaker, M.L., Schüz J. et M. Feychting. Brain and Salivary Gland Tumors and Mobile Phone Use: Evaluating the Evidence from Various Epidemiological Study Designs. Annual Review of Public Health. 40 (1) : 221. https://doi.org/ annurev-publhealth-040218-044037.

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